Sans autre vêtement que leur caleçon, des gardés à vue sont jetés dans des cellules répugnantes. Certains monnaient policiers et gendarmes pour éviter cette humiliation.
 
Il est midi. Mélanie vient rendre visite à son frère cadet, gardé à vue depuis deux jours à la légion de gendarmerie de Bonanjo à Douala. A l’appel du gendarme, Alain répond du fond d’une cellule et présente son visage à travers le petit trou carré découpé dans la porte en fer, l’unique voie d’aération du cachot. Le jeune homme en sort, tout ruisselant de sueur, avec pour tout vêtement, un caleçon de couleur rouge. Scène identique à la brigade de gendarmerie de Nkololoun à Douala, ou encore à la direction régionale de la Police judiciaire pour le Littoral : des détenus sont déshabillés avant d’être mis en garde à vue dans les cellules. \ »Nos nuits sont froides parce que nous dormons, nus, sur le sol\ », confie Alain à son frère en le suppliant de le sortir de là.

\"DroitsLes cellules sont puantes, obscures, sans matelas, sans trou d’aération pour laisser passer l’air. \ »Ce n’était pas facile. Passer des journées et des nuits entières sans vêtement, ne pas pouvoir se protéger du froid de la nuit, ne pas avoir de matelas sur lequel dormir, c’était très difficile\ », se souvient Roméo Tchatchou, qui a retrouvé la liberté depuis un mois, après avoir passé trois jours en cellule.
Une situation dénoncée par Me Emmanuel Agbor Achu, qui précise : \ »Pour ce qui est de la garde à vue, le code de procédure pénale en a défini les conditions sanitaires\ ». Or, poursuit l’avocat, on dépouille les gardés à vue de leurs vêtements et on les jette dans des cellules insalubres. Pourtant, insiste-t-il, on devrait garder des gens à vue dans des conditions décentes et humaines.
Jamais désinfectés, les cachots sont infestés de germes provoquant des maladies de la peau. \ »Après trois jours de garde à vue dans les cellules d’un commissariat, à ma sortie, je me suis rendu à l’hôpital parce que j’avais des boutons et des tâches sur la peau\ », se souvient encore Alain.
 
                                                      A cause des suicides…
Les forces de maintien de l’ordre justifie le déshabillage des gardés à vue par les risques de suicides. \ »Des détenus se sont donné la mort à l’aide de leurs vêtements. Afin de ne pas être rendus responsables de ces décès, nous sommes obligés de les mettre en cellule sans leurs vêtements\ », explique Jean Pierre Otoulou, commandant de la compagnie de gendarmerie de Bonanjo.
Cette pratique n’est cependant pas appliquée dans tous les lieux de garde à vue. A la cellule du parquet du tribunal de première instance de Douala-Bonanjo, par exemple, des prévenus bénéficient de conditions de garde à vue moins dégradantes, moyennant quelques billets de banque. \ »J’ai dû donner 2.000Fcfa à un policier pour qu’il ne mette pas mon frère dans une de ces cellules pas entretenues, d’où il aurait pu sortir malade\ », déplore Arsène Mouanjo.
Suite à ce \ »geste\ », son frère cadet a été placé à la main courante, sous la vigilance des gendarmes. \ »Certaines personnes ne veulent pas être mises en cellules pour une raison ou pour une autre. Et il faut donc payer pour rester soit à la main courante, soit à la vue des policiers\ », confie un agent. Cette pratique est fréquente dans de nombreux commissariats et brigades de gendarmeries de la ville de Douala. Selon Me René Manfo, un gardé à vue ne doit pas être forcément mis en cellule. \ »On dit garde à vue. Donc, on te met là où on peut te voir à tout moment. C’est par abus que des personnes sont mises en cellules sous prétexte de la garde à vue\ », affirme le défenseur des droits de l’Homme. Pour les Nations Unies, tout individu en garde à vue \ »doit être autorisé à porter ses vêtements personnels si ceux-ci sont propres et convenables\ ».

Blaise Djouokep (JADE)

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