La gendarmerie de Mfou a retenu Atangana Ndoubena dans ses cellules, pendant plus de trente jours. Une violation flagrante de la loi, tolérée suite à un conflit de terre entre le prévenu et la ministre déléguée au ministère de l’Agriculture, indiquent des sources concordantes.

 

Atangana Ndoubena, un paysan est assis à même le sol dans la cour de la compagnie de gendarmerie de Mfou, à une vingtaine de kilomètres de Yaoundé. Ce mercredi 18 juillet, il était à son trentième jour de garde à vue dans cette unité de la gendarmerie nationale. Il y était alors retenu depuis le 18 juin 2012.

On lui a permis d’en sortir pour discuter avec quelques membres de sa famille, visiblement préoccupés. Parmi eux, son épouse, qui a les traits tirés par la fatigue, due aux multiples va et vient qu’elle fait entre Yaoundé et Mfou, pour lui apporter sa ration alimentaire ainsi que ses médicaments qu’il garde toujours sur lui, du fait de sa santé fragile. Atangana Ndoubena ne profitera pas très longtemps de ce moment de communion avec sa famille, c’est déjà l’heure de retourner dans sa cellule.


                                                             Plainte ou pas?

Le nouveau commandant de la compagnie de Mfou, qui nous reçoit, vient de prendre le service, à la faveur des dernières nominations au ministère de la Défense. Ce jeune capitaine est en poste depuis le début de la semaine, et avoue son incapacité à nous fournir des informations. Tout juste, nous indique-t-il, qu’il s’agit d’une garde à vue administrative. C’est son prédécesseur, muté dans la région de l’Est, qui a ouvert ce  dossier. \ » On  a dit à mon père qu’une plainte avait été déposée contre lui. Il a insisté pour qu’on la lui montre. Cela n’a jamais été fait\ », regrette Lucien Okala, le fils de M. Atangana.

Mais, selon plusieurs sources concordantes, cette arrestation aurait été exécutée à la demande de la ministre déléguée au ministère de l’Agriculture, Mme Clémentine Ananga Messina, avec qui Atangana Ndoubena a une brouille dans une transaction de vente de terrain. Ce cas a ému le président du Mouvement sans frontières de défense des droits de l’Homme dont le bureau est à Mfou.

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Voici cette ministre.


Jean Didier Mbida Ndounda, ancien sous-préfet, raconte qu’il en a été informé par un huissier de justice. \ »Approchez-vous du préfet qui a signé la garde-à-vue\ », lâche-t-il dans un premier temps. Avant de se résoudre à  en dire plus.

ll raconte alors sa mésaventure à la compagnie de gendarmerie de Mfou. \ »Informés de l’incarcération d’Atangana Ndoubena, le directeur du personnel, la trésorière adjointe du Mouvement et moi-même sommes allés à la compagnie de gendarmerie de Mfou le 16 juillet. Nous avons obtenu l’extraction du gardé à vue. Pendant que nous discutions, l’ex-commandant de la compagnie a surgi, en colère, s’offusquant de ce qu’un gardé à vue soit extrait de sa cellule. Il nous a ordonné de sortir de la compagnie. La trésorière adjointe, qui m’accompagnait, a rappelé que la compagnie de gendarmerie était un service public. Aussitôt, des gendarmes, qui voulaient récupérer les notes de notre entretien avec Atangana Ndoubena, l’ont brutalisée. Ça a provoqué un attroupement\ ».

Furieux, Jean Didier Mbida Ndounda promet de donner une suite à cet acte de violence contre sa collaboratrice. Il a adressé au préfet de la Mefou et Afamba un rapport sur cet incident qu’il juge grave et prépare une correspondance similaire pour le commandant de la légion de gendarmerie du Centre. 

 

                                                    La garde à vue en question

Comment savoir si \ »l’escroquerie foncière et la double vente de terrain\ », motifs qui seraient contenus dans la plainte contre Atangana, peuvent justifier une garde à vue administrative ? A la préfecture de la Mefou et Afamba, les services nous indiquent que le préfet, susceptible de répondre à notre question, est en mission à Akonolinga, pour une réunion régionale.

La  garde à vue administrative fait justement débat. Les autorités s’appuient sur la loi du 19 décembre 1990 sur le maintien de l’ordre, qui permet à un gouverneur ou à un préfet d’ordonner la détention administrative, pour quinze jours renouvelables, de personnes dans le but de maintenir ou restaurer l’ordre public, et dans le cadre de la lutte contre le grand banditisme. Me Sterling Minou, dans un article de JADE (Journalistes en Afrique pour le Développement)  en novembre 2011, faisait une analyse différente : \ »(…) L’article 746 (1) du code de procédure pénale a tout tranché en stipulant que sont abrogées toutes dispositions antérieures [la loi du 19 décembre 1990 sur le maintien de l’ordre, ndlr] contraires à la présente loi. L’article 2 précisant que le dit code est d\’application générale sous réserve de certaines dispositions prévues par le Code de Justice Militaire ou des textes particuliers\ ».

Jeudi 19 juillet, Atangana Ndoubena a passé une nouvelle nuit dans les cellules de la compagnie de gendarmerie de Mfou. Il n\’a été libéré que le vendredi 20, après 32 jours de détention.  

Claude Tadjon (JADE)


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