Il est devenu un héros malgré lui. Clément Madjong, 35 ans, suscite encore des commentaires dans le petit village de Ndoungué, à 13 kilomètres de la ville de Nkongsamba. Le souvenir de ce qu’il a vécu le 16 novembre 2011 est encore vivace à l’esprit.


\ »Cette date est restée gravée dans ma mémoire, tout comme les détails des traitements inhumains infligés par les gendarmes de la brigade d’Eboné\ », fait-il remarquer. Ce jour-là, à en croire des témoignages concordants, il s’est rendu dans un débit de boissons pour récupérer le reliquat de la somme de 10 000 F qu’il avait laissé au vendeur. S’ensuivent alors des éclats de voix avec ce dernier qui l’informe qu’une de ses connaissances est passée prendre une bière à son compte. Clément refuse de reconnaître cette dette.

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Clément Madjong: Libre.


Un gendarme qui sirotait sa bière lui demande de se taire. Face à son peu d’empressement d’obtempérer, il est empoigné par ce dernier qui tient à le mettre hors de la boutique. Le gendarme est alors rejoint par un militaire. Les deux fonctionnaires tiennent à lui imposer la dictature de l’autorité.

 

                                                        Une volée de coups

La situation va très vite dégénérer sous les yeux de nombreux curieux apeurés. Les hommes en tenue lui déchirent les vêtements. Seul son short échappe en partie au  ravage. Clément est jeté à terre, le corps écrasé par les chaussures militaires. Un taximan de passage rappelle à l’ordre les bidasses qui lâchent prise et font appel au commandant de la brigade d’Ebone, leur chef. Arrivé sur les lieux, le commandant pointe son arme sur la victime, menaçant de l’éliminer avant de le menotter et  de le jeter dans son véhicule pour l’emmener à la brigade.

Arrivé sur les lieux, toujours menotté, il est jeté en cellule malgré ses efforts pour expliquer les faits. Il n’est entendu que le lendemain. \ »Après avoir lu le procès verbal, j’ai refusé de signer, car c’était tout le contraire de ma version des faits. Il y était écrit que j’avais agressé un gendarme après avoir soutiré de l’argent dans la poche d’un certain Touré. J’ai été remis en cellule. J’y ai passé les trois premiers jours de détention sans le moindre repas, interdit de visite et devais me débrouiller pour utiliser les toilettes\ », explique Clément Madjong qui va y demeurer en tout cinq jours, toujours menotté, avant son transfert devant le procureur. En violation des règles minima de détention des Nations unies et du code de procédure pénale (CPP) qui interdisent l’utilisation de la violence, les traitements inhumains et dégradants. Le code limite par ailleurs la durée de garde à vue à au plus 48 heures renouvelables une fois.

 

                                         Déclaré non coupable huit mois après

Présenté devant le procureur, Clément Madjong va répéter sa version des faits. Un témoin de la scène du 16 novembre fera aussi sa déposition dans ce sens. Après quelques tergiversations, le procureur va l’inculper avec l’opportunité de comparaître libre. Les contradicteurs de Clément ne se présenteront jamais au tribunal pour justifier les charges de vol, ivresse manifeste, et outrage à fonctionnaire mentionnées dans le procès verbal pendant toute la durée du procès. Après de multiples renvois, il est déclaré non coupable le 17 juin 2012.

Le commandant Eboué, concerné, soutient avoir fait son travail et maintient les charges de vol, ivresse manifeste, et outrage à fonctionnaire retenues pendant l’enquête préliminaire dans ses services. Il réfute par ailleurs les accusations de tortures, de traitements inhumains et dégradants infligés à la victime. Informés de ce que Clément Madjong a été déclaré non coupable, il déclare : \ » A notre niveau, nous avons fait notre devoir, la justice a fait le sien. \ »

Clément a eu de la chance, combien de victimes de \ » fonctionnaires zélés \ » s’en tirent ainsi à bon compte ?

Charles Nforgang (JADE)

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