Menacé, torturé, gardé à vue en compagnie des accusés pendant cinq jours à la brigade de gendarmerie de Pk 14 à Douala, Benjamin Ndongo dit avoir versé une somme d’argent pour recouvrer la liberté. Ce qu’interdit le code de procédure pénale.


\ »Mon grand frère qui vit en Europe m’avait envoyé de l’argent pour acheter une maison d’une valeur de douze millions de Fcfa. J’ai contacté des démarcheurs qui m’ont trouvé une maison. La vente devait se passer devant notaire. Mais, on a constaté que les démarcheurs étaient des bandits parce que le notaire a dit que cette maison n’était pas en vente. Alertés, les éléments de la brigade de Pk 14 interpellent les gars. A ma grande surprise, le commandant me fait aussi arrêter sous le prétexte que j’ai beaucoup d’argent. Ils m’ont gardé dans la cellule des gars, me giflaient et menaçaient de m’envoyer en prison\ », raconte Benjamin Ndongo.

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Une Prison au Cameroun.

                                                         \ »Suspects, vaches à lait\ »

Au cinquième jour de détention, pendant que les accusés sont transférés en prison en ce matin du mois d’août 2011, Benjamin, affaibli, se résout à se plier aux exigences des forces de maintien de l’ordre. \ »Le commandant disait qu’on lui donne sa part d’argent, que j’ai un frère qui joue au ballon. C’était du harcèlement. Je leur ai donné 150.000 Fcfa pour qu’ils me laissent\ », précise-t-il.

L’argent, c’est ce qui a manqué à Nloutsiri Arnaud. Après avoir heurté par mégarde un véhicule personnel, ce chauffeur de taxi a été interpellé puis gardé à vue pendant six jours au commissariat de la gare ferroviaire de Douala. \ »Le propriétaire du véhicule mettait la pression sur les policiers pour que j’accepte de réparer à mes frais la partie détruite de la Mercedes. J’ai dit qu’il n’était pas question que l’argent sorte de mes poches alors que j’ai souscrit une assurance. Mon oncle a accepté de donner de l’argent pour la tôlerie, voilà comment j’ai finalement été relaxé après six jours\ »,explique le chauffeur.

Sous la pression de certains puissants personnages ou pour arrondir leur fin de mois, certains membres des forces de l’ordre gardent des suspects en cellule au-delà de la période légale. Une pratique récurrente dans les unités de police et de gendarmerie de Douala qui ne surprend pas dans ce corps de métier. \ »On ne peut nier que certains collègues ont transformé des suspects en vaches à lait. C’est dommage. Mais, il faut qu’ils sachent qu’ils s’exposent ainsi à des sanctions lourdes si les faits sont avérés\ », prévient, sous anonymat, un commissaire de police.

                                                                  \ »Visites inopinées\ »

Des agents véreux sont en effet régulièrement suspendus ou révoqués de leurs fonctions à cause des manquements à la déontologie. Malgré cela, les abus foisonnent. Les victimes aussi. En Novembre 2011, Clément Madjong, un paysan, a été brutalement interpellé par des éléments de la brigade de gendarmerie d’Ebone pour avoir réclamé son reliquat dans un bar. Après avoir passé cinq jours menotté en cellule, il a été présenté au procureur qui l’a déclaré non coupable plus tard. En décembre de la même année, un autre suspect menotté a rendu l’âme dans une cellule de la brigade de Ngangue après dix jours de garde à vue. De pareils abus pouvaient être évités si ces agents n’avaient pas expressément ignoré la loi.

En effet, le code de procédure pénale dispose dans son article 119 alinéas 2 que \ »le délai de garde à vue ne peut excéder quarante huit heures renouvelables une fois\ ». Toutefois, \ »sur autorisation écrite du procureur de la République, ce délai peut, à titre exceptionnel, être renouvelé deux fois. Chaque prorogation doit être motivée\ ». Benjamin a été victime d’une garde à vue abusive à l’insu du procureur de la République. Son sort dépendait du commandant de la brigade qui a cessé de le torturer moyennant de l’argent.

Les gardes à vue abusives inquiètent les défenseurs des droits humains qui avancent des idées pour en réduire la pratique. \ »C’est au quotidien que les gens dénoncent cette pratique, mais rien n’est vraiment fait du côté des autorités. Pour décourager les auteurs de ces abus, il faut que les procureurs ou leurs substituts effectuent régulièrement des visites inopinées dans les cellules et que les coupables soient punis \ », suggère Jean Tchouaffi, président de l’Association des droits des jeunes.

Christian Locka (JADE)

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