Ils sont solidaires de leurs ex-compagnons.Ils connaissent les us et coutumes de la prison, savent parler son langage. Des anciens détenus se font visiteurs de prison pour se mettre au service de leurs anciens compagnons de cellules.

 

Libéré de la prison centrale de Bafoussam, Kallu, 27 ans, n’a pas oublié ses camarades de bagne. \ »Je mesure combien il est important de rendre visite à une personne emprisonnée. Même quand je n’ai rien à donner, je passe à la prison le dimanche. Je discute avec mes anciens codétenus et ça leur donne le moral. Depuis que je suis sorti de prison, j’ai monté une petite affaire dans le domaine de la médecine vétérinaire. C’est grâce à cela que je joins les deux bouts. Et lorsque je rentre à la prison, je parle de mon expérience à mes ex-codétenus. Chacun d’eux veut s’inspirer de mon exemple une fois libre\ », explique-t-il.

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Dans une prison au Cameroun…

 

\ »Je sais ce qu’il ressent\ »

Mathieu Dzogang est sur la même longueur d’onde. \ » Lorsque j’apprends que l’un des miens est en prison, je me débrouille pour lui rendre visite. Je sais ce qu’il ressent \ », souligne-t-il, se souvenant de ses douze années d’incarcération (de 1980 à 1992). Autre habitué de la prison centrale de Bafoussam, Deffo plaide en faveur d’une réelle solidarité entre les anciens prisonniers et ceux qui purgent encore leur peine. \ » Les personnes qui ont fait de la prison se comprennent. Un ancien prisonnier peut facilement consoler quelqu’un se trouvant au cachot. Maîtrisant parfaitement l’environnement interne du pénitencier, il saura lui remonter le moral\ », insiste un ancien journaliste détenu courant 2009 et 2010 à la prison centrale de Kondengui à Yaoundé.  Victor Signibé, lui, apporte une autre dimension à ces gestes de solidarité. \ »Il y a des innocents en prison\ », rappelle ce vendeur de médicaments naturels, ancien pensionnaire de la prison de Bafoussam. Des innocents qui se demandent, chaque jour, pourquoi ils sont là. Une visite, c’est la possibilité d’exprimer leur détresse devant l’injustice qui leur est faite.

 

\ »Se sentir acceptés\ »

Les anciens prisonniers, visiteurs de prison, sont bien placés pour comprendre leurs compagnons encore enfermés. \ »Les personnes ayant séjourné en prison ont une manière particulière de percevoir la vie et d’envisager leurs relations avec les autres. Qu’ils soient coupables ou innocents, les prisonniers ont besoin de se sentir acceptés. Ils n’aiment pas que vous évoquiez les infractions les ayant conduit en prison. Même lorsque vous avez des criminels de grands chemins devant vous, traitez les humainement, montrez le côté chaleureux et joyeux de la vie. Ils vous comprendront et vous feront confiance. Même lorsqu’ils seront remis en liberté. Savoir parler le langage du prisonnier, c’est favoriser sa resocialisation \ », argumente le régisseur adjoint de la prison principale de Mantoum, M. Njoya. Selon lui, il existe une psychologie spéciale pour les personnes vivant dans un pénitencier.

Avocat au barreau du Cameroun, Me Fabien She, abonde dans le même sens. \ » La prison ne saurait être prise comme un endroit où l’on abandonne les bannis de la société. Plusieurs détenus, même ceux reconnus coupables de crimes ignobles peuvent se reconvertir et se resocialiser \ », plaide-t-il. En tout cas, les anciens détenus visiteurs de prison affichent leur utilité au service de la réinsertion de leurs anciens compagnons de bagne.

Guy Modeste DZUDIE (JADE)

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