Les populations meurtries interpellent le gouvernement. Le rôle du RELUFA. Voyage  au cœur de la misère et de la souffrance dans cette partie du cameroun.

 

La famine a atteint le seuil de l’intolérable dans plusieurs villages de la Région de l’Extreme-Nord Cameroun. Des villages où des signes inquiétants de pauvreté et de misère indiquent qu’il est urgent que des mesures soient prises à court moyen et long terme pour juguler cette insécurité alimentaire et ses goulots d’étranglement.

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Cette femme sans moulin à écraser utilise une pierre de fortune

pour écraser le mil.


Le Réseau de Lutte contre la Faim (RELUFA) sensible à cette situation qui risque, à terme, de causer une catastrophe, a effectué une descente sur le terrain, avec les journalistes le 7 juin 2013 « pour donner une voix aux populations qui souffrent de l’insécurité alimentaire dans le Nord, plus particulièrement dans l’Extreme-Nord. Car la presse est mieux placée pour relayer l’information et toucher les personnes qui peuvent les aider » comme l’a déclaré Sandrine Bikele du RELUFA, qui avait  ses côtés Konaï Robert et Jonathan Mejo animateurs GIE-Adersa/Relufa. Cette descente sur le terrain a conduit l’équipe du RELUFA et les hommes des médias dans des villages des départements du Diamaré et du Mayo Tsanaga. A  Bozo Ka’e comme à Ftang Ouazzang, Zidim (Mbiga) et Moudoumboui les problèmes auxquels sont confrontées les populations sont  quasiment les mêmes : La mauvaise production due à la pauvreté du sol, le climat peu favorable(la période de pluie ou période de semailles qualifiée de \ »periode de soudure\ » ne dure que 4 mois),des inondations, les érosions. Par ailleurs les populations  de ces villages se plaignent du fait que les engrais coûtent chers. Le mil, le seul aliment que consomment ces camerounais n’est pas suffisant. « Nous avons besoin de la nourriture. Cinq ménages pour un sac de mil c’est très insuffisant » disent ces camerounais abandonnés à leur sort.

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Pendant les échanges avec les journalistes et le

RELUFA.Touchant.


Les conséquences directes de cette insécurité alimentaire sont entre autres l’exode rural des enfants de 8 ans contraints d’abandonner l’école pour aller chercher  leur pitance quotidienne à Maroua, principale ville de la Région de l’Extreme-Nord. Idem pour certains pères de famille. Les populations qui ne peuvent pas s’offrir ce « luxe » sont frappées par d’autres maux tels que le manque d’eau potable avec en prime diarrhées et dysenterie. Dans le village Bozo Ka’é par exemple, le centre de santé le plus proche  se trouve à Douroum, à 5 kilomètres, un autre à Kalliao, à 10 kilomètres et le troisième à Maroua à…35 kilomètres. Faute de moulin à écraser le peu de mil disponible, les femmes de ce village sont contraintes d’écraser leur mil sur une pierre de fortune. Un spectacle pouvant faire couler des larmes aux âmes sensibles. Tellement l’exercice est pénible. « Allez dire à Yaoundé, que nous les femmes, nous avons besoin de moulins à écraser ici et l’eau » lance la porte parole des femmes de Bozo Ka’é. Les moyens de transport sont également pénibles pour écouler le bois, source de ravitaillement, avec parfois le commerce (à vil prix) des bêtes telles que les chèvres. Mais cette activité n’est pas facile pour ces pauvres populations que rackettent les agents des eaux et forets. Les hommes politiques qui devraient être à leur  chevet, brillent par un absentéisme ridicule : « Les hommes politiques nous promettent tout, mais ils ne réalisent jamais » lance un habitant du village.

Face à la démission du gouvernement vis-à-vis de leurs problèmes, ces populations s’organisent de plus en plus en Groupement d’Intérêt Communautaire (GIC) : « Nous nous sommes mises en GIC pour nous entraider et trouver des solutions à nos problèmes » affirme Jeunesse Dazi la Déléguée du GIC Diako de Ftang dans le canton  de Ouazzang. En effet la création de tous ces GICs a pour objectif principal la lutte contre l’insécurité alimentaire comme l’a indiqué  Dawaï Pierre délégué du GIC Sarmatao dans le village Zidim-Mbiga, arrondissement de Mokolo, dans le département du Mayo Tsanaga.

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Quelques sacs de mil.Gardés dans un grenier.

Insuffisant pour toutes les familles.


Le RELUFA qui a décidé d’apporter un soutien à toutes ces populations démunies a commencé par la création dans leurs villages, des greniers  communautaires : « Nous avons commencé par des greniers communautaires depuis 2006.Nous sommes à 42 villages actuellement » précise Sandrine Bikele  qui estime qu’il ya encore beaucoup à faire car « Ce que nous faisons est insuffisant et ne touche que quelques villages. Or c’est toute la Région qui est concernée par le problème de l’insécurité alimentaire » dit-elle. Toutefois, il est question pour le RELUFA de « continuer également avec un travail en amont avec la production, essayer de voir comment accroître le rendement agricole dans cette Région » affirme Madame Bikele.

Le Président de l’Association des Journalistes camerounais pour l’Agriculture et le Développement (AJAD), Thierry Djoussi, affirme pour sa part, qu’il est question pour les journalistes de mener une « campagne d’information et d’alerte sur l’insécurité alimentaire au Cameroun». Pour lui, les hommes de médias doivent « sensibiliser l’opinion sur ce phénomène et informer les décideurs, qui peut-être,  ignoraient que quelque part au Cameroun, il ya  des familles qui n’ont pas de quoi manger ».Le gouvernement camerounais et d’autres organismes sont interpellés et invités à soutenir l’action du RELUFA et surtout de venir en aide à toutes ces populations meurtries par la famine, la misère et la pauvreté.

Ericien Pascal Nguiamba

Dans l’Extrême-Nord.

 

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