\"Marie Robert Eloundou « La Lékié est lésée sous le Renouveau »\"
Marie Robert Eloundou « La Lékié est lésée sous le Renouveau »

Suite à "L'Appel de la Lékié" lancé par l'élite du département de la Lékié à Obala dimanche 31 août 2014 pour soutenir le Chef de l’Etat, Paul Biya, dans la lutte engagée contre la secte islamiste Boko Haram, et abondamment relayé dans la presse notamment dans le quotidien privé Mutations édition du mardi 2 septembre 2014, le lendemain, Marie Robert Eloundou Andegue le porte-parole de l’Association de développement de Monatélé (Adem), dans une interview parue dans le même journal, s’élève contre le délaissement du chef-lieu de ce département par le pouvoir. Interview à lire. A tout prix.

Quelle est votre réaction suite à cette actualité ?

Les populations de la Lékié sont par tradition fidèles à la légalité, aux institutions de la République. Elles ne peuvent donc que soutenir la défense de l’intégrité et l’unité du Cameroun. En juillet dernier, les chefs traditionnels du département étaient mobilisés à Monatélé pour une sensibilisation sur la menace sécuritaire actuelle à l’initiative de l’Association des chefs traditionnels de la région du Centre conduite par son président général, sa Majesté Tsala Ndzomo Guy, un fils de la Lékié. Il n’y a pas longtemps, c’est l’homme politique Célestin Bedzigui, un fils de la Lékié, qui faisait savoir son engagement derrière le chef de l’Etat dans cette guerre à travers la chaîne de radio publique nationale. Autant dire que le soutien de la Lékié et ses fils au chef de l’Etat et la sensibilisation autour de cette menace sécuritaire n’est pas une nouveauté qui a pris corps dimanche dernier. L’élite Rdpc de la Lékié a juste entériné la pratique des marches et motions de soutien établie au sein de leur parti et que leur camarade, l’ancien député Jean Marie Nga Koumda qualifie d’activisme politique. Tout en précisant qu’il s‘est agi des militants d’un seul parti politique dont le discours ne saurait engager toutes les composantes sociologiques et idéologiques de la Lékié, il y a lieu de dire que les attentes de la population de la Lékié vis-à-vis de cette catégorie sociale se décline plutôt en termes de développement, de réparation des frustrations immanentes à leur soutien au Renouveau.

Ne vaut-il pas mieux se satisfaire de l’engagement de la Lékié face au défi sécuritaire actuel ?

Le peuple de la Lékié n’est pas frondeur, il a toujours été et demeure en bloc derrière l’Etat, les institutions de notre pays et celui qui les incarne, le président Paul Biya. C’est la perpétuation des frustrations qui va détourner les populations du pouvoir en place si elles continuent à se sentir réduites à du simple bétail électoral, flouées, trompées, au préjudice de l’amélioration de leurs conditions de vie et du développement. Ce qui s’est passé dimanche dernier à Obala est un affichage politique qui ne vise qu’à servir les intérêts de ses initiateurs. D’ailleurs du point de vue de la cohésion et la solidarité qui doivent prévaloir en pareilles circonstances, l’élite Rdpc a démontré qu’elle n’est pas prête à taire ses clivages pour parler à l’unisson. L’absence du ministre Essimi Menye aux côtés de son frère et collègue du gouvernement Henri Eyebe Ayissi, est un exemple éloquent. En sus de l’étalage de ces antagonismes, il faut tenir compte de ce que la Lékié est en proie à de grosses frustrations du fait des manœuvres pernicieuses tant de ceux qui sont les relais du Renouveau vers la base que du Renouveau lui-même.

Qu’est-ce qu’il en est exactement ?

Parmi ceux qui sont allés déclarer leur amour au président Biya à Obala dimanche dernier figurent les mêmes qui ont planifié les conditions de son impopularité lors des élections législatives en 2011 en faisant de Monatélé l’unique chef-lieu de département au Cameroun qui ne dispose pas de député à l’Assemblée nationale. Cela ne s’est jamais produit depuis la naissance de cet arrondissement en 1964. Un tel acte était inimaginable sous le régime Ahidjo. L’une des conséquences est le vote sanction contre le Rdpc justifiant en partie la percée fulgurante du Mrc à l’élection municipale à Monatélé en 2011. Sur le plan symbolique, Monatélé constitue la Bastille, le disque dur, le pivot de la Lékié qui peut à juste titre revendiquer une relation particulière avec le président de la République. Paul Biya y est allé à deux reprises procéder au lancement des campagnes victorieuses aux élections présidentielles. L’histoire nous rappelle que c’est depuis Monatélé que la propagande afférente à la révision constitutionnelle est née en 2008. Bien que la localité soit le théâtre de ces grandes manœuvres, elle est loin de bénéficier de la reconnaissance suprême à la mesure des attentes de la population. Cela suppose-t-il l’existence d’un malaise plus profond? Effectivement. Le chef-lieu de département est vidé de son leadership naturel. Il n’existe aucune route praticable menant à Monatélé. Ceux qui avaient gagné les marchés de construction et procédé à la réception de ces ouvrages doivent pouvoir rendre compte. C’est de l’argent public volé au détriment des populations. Sous le Renouveau, le leadership est également fondé sur la promotion à des positions de pouvoir décisionnel et de prestige, précisément à la fonction de ministre. Un privilège que le Renouveau se refuse à confier à un fils de Monatélé depuis au moins 30 ans. Avec l’éclatement de la Lékié en deux circonscriptions électorales, c’est l’ensemble de la Lékié Ouest qui est d’ailleurs marginalisée. Or selon les usages au sein du parti au pouvoir, il se trouve que le ministre occupe une posture de patron politique de l’ensemble du département. Las de ne voir l’un des leurs jouer ce rôle, les populations sont manifestement courroucées. L’accumulation de ces frustrations renseigne suffisamment que le Renouveau est une duperie contre la Lékié. Dans ce contexte, il est fait état de la naissance au mois de mai 2014 de l’Association de développement de Monatélé.

Est-ce en réponse aux frustrations alléguées?

L’on pourrait le subodorer mais notre crédo est le développement. Pourquoi aucune usine, aucune industrie agricole n’a été créée dans le Lékié en dépit du potentiel et le dynamisme reconnu des populations dans ce secteur? Pourquoi aucun projet structurant ne prend corps dans la Lékié ? Pourquoi aucune école supérieure de formation n’a été créée dans la Lékié ? Pourquoi des grands projets initialement destinés à la Lékié ont été détournés à l’instar de l’aéroport international prévu à Obala ou de l’hôpital général prévu à Monatélé sans que cela ne donne lieu à des compensations du pouvoir en terme de réalisation d’autres projets ni de revendications des forces vives ? Pourquoi ? Pourquoi ? Il faut bien que cela cesse, le changement c’est maintenant.

Pourquoi ne vous faites pas entendre jusqu’ici ?

L’ADEM se veut un cadre mobilisateur du savoir et du savoir-faire de tous les fils et filles de Monatélé pour son développement. Suite à l’Assemblée générale constitutive à laquelle vous faites allusion, nous avons entamé une phase de réflexion, d’élaboration des plans sectoriels en vue de la mise en place d’un plan général de développement dont l’implémentation laissera voir l’action de l’Adem sur le terrain. L’Assemblée générale extraordinaire prévue le 27 septembre prochain permettra de pourvoir à tous les organes statutaires. Comme dans toute œuvre qui se voudrait pérenne, la réflexion précède simplement l’action.

Entretien avec Georges Alain Boyomo

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