\"Jeannette Mida, portant son bébé Segou Amadou\"
Jeannette Mida, portant son bébé Segou Amadou

L’imagerie populaire faisait de la malnutrition sévère une maladie incurable dans les formations sanitaires de Moutourwaye aux environs de 90 km de Maroua jusqu’à la mise à disposition de divers produits de prise en charge intégrale par les bons offices de l’UNICEF.

Ségou Amadou ne reflète en rien ses 12 mois de vie. Il s’agit de l’une des trois victimes hebdomadaires de malnutrition sévère à l’accueil de la formation sanitaire. Elle a de la chance ! L’affluence des victimes comme elle est en nette baisse. Entre 2011 et 2013, la moyenne était de 30 cas déclarés par mois.

Elle doit son arrivée à l’hôpital de district de Moutourwaye à l’entêtement d’un relais communautaire. En réalité, la messe était dite sur sort. Elle attendait la mort sur place. L’hôpital, selon les idées reçues ici, a toujours échoué en matière de prise en charge de ce curieux amaigrissement et regrettable manque d’appétit plutôt chroniques et irréversibles. C’est le « Tandao » pour faire couleur locale.

La mère de la victime, Jeannette Mida, 20 ans, en venait déjà à détester le relais communautaire. Il lui court après depuis 2 mois. Ce comportement frisait la moquerie car le relais avait conscience du sort scellé de sa fille : la mort maintenant ou dans quelques semaines, pensait-elle, l’air grave salué d’une mine d’enterrement. La consigne de se rendre à l’hôpital, malgré le mauvais pronostic de survie, prenait la forme d’une sérieuse perte de temps dans son esprit. Or, la saison des pluies venait de commencer. Elle s’était donné le défi de cultiver son champ. L’idée de dépendre des récoltes des autres lui déplaisait. Mais sa fille, malade et anémiée depuis six mois, avait fauché toutes ses bonnes intentions de semences.

Jeannette Mida cède enfin à la cause de l’hôpital plus par formalité, la mort dans l’âme. Elle y reçoit des sortes de poudre. Des doutes lui envahissent l’esprit. Sa fille ne vit que de couscous. Elle est curieuse de voir la différence entre la poudre de l’hôpital et son couscous domestique. Rien de mélioratif même 4 jours plus tard. Jeannette constate une évolution par la différence des sachets offerts dans la formation sanitaire. Au bout du 6è jour, Ségou devient boulimique. Elle boit ! Elle mange ! Ce n’était donc pas du « Tandao ». Le « couscous » de l’hôpital a vraiment plus vertus.

Jeannette s’active donc avec impatience. Il lui est urgent de se rendre au village pour deux motifs : d’abord, proclamer la « bonne nouvelle » à elle ; ensuite, combler le retard qu’elle accuse dans ses travaux champêtres. Mais il n’en est rien, décide l’hôpital, pour l’instant. Jeannette reçoit d’abord un don de seau, de savons et des comprimés de purification d’eau, soit un pour 5 litres. Il lui est alors prescrit de faire attention aux rechutes. Elles s’avèrent souvent fatales, précise l’hôpital. Mais sa vraie crainte à elle portait sur la disponibilité de l’eau. Il était difficile de s’en apercevoir par temps des pluies. Il fallait être vraiment riche pour avoir un forage. Inutile de penser à creuser la terre à la main. Moutourwaye est monté sur une pierre. Jeannette quitte la formation sanitaire dans la douleur des lendemains incertains en matière d’eau.

Essa-M'fam Mengo

Envoyé spécial à Maroua

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