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A l’occasion de la célébration de la Journée Mondiale contre l’Hépatite qui se célèbre le 28 juillet 2015, sous le thème « prévenir l’hépatite, agir maintenant », Dr TALLA PAUL et Dr DANG BABAGNA ISABELLE, Hépathogastro-Enterologues à l’hôpital général de Yaoundé donnent quelques éclaircissements sur cette maladie qui touche près de 4,5 Millions de personnes au Cameroun. Entretien.

 

Docteur, qu’entend-on par Hépatites ?

Dr Talla : Le terme hépatite signifie tout simplement une inflammation du foie quelque soit la cause. Lorsque l’inflammation du foie est causée par un virus, on parle d’hépatite virale. Quand l’inflammation du foie est causée par une substance toxique, on parle d’hépatite toxique. Alors nous allons juste parler d’hépatites virales. Et parlant d’hépatites virales, nous avons cinq grands virus de types alphabétiques qui sont A, B, C, D, E. Ces virus qui sont responsables d’hépatites peuvent être divisés en deux groupes ; virus a transmission par voie orale et virus a transmission par voie sanguine. Les virus A et E se transmettent par voie orale, c\’est-à-dire à travers les aliments et eaux souillées. B, C et D se transmettent par voies sanguines et sexuelles et de la mère à l’enfant ; pour l’hépatite B et D.

Quelles sont les modes de transmissions ?

Dr Dang : Les modes de transmission par le sang sont surtout la transmission par les objets souillés, le matériel médical ou paramédical, les lames razoires ou aiguilles qui étaient à usage multiples antérieurement, lames utilisées pour les scarifications, les ciseaux et matériel de dentistes mal stérilisés, il faut le signaler également, les vaccinations de masse qui se faisaient avec des pistolets ou alors même aiguille sont maintenant à usage unique. En ce qui concerne la transmission de la mère à l’enfant, c\’est-à-dire que lorsqu’une mère accouche et elle set porteuse d’une hépatite B, elle peut transmettre le virus à son enfant lors de l’accouchement, pas pendant la grossesse parce qu’il n’ya pas de passage du virus de la mère à l’enfant par le cordon ombilical au moment de la grossesse mais plutôt la transmission se fait lors de l’accouchement, lorsque l’enfant descend la filière génitale, il peut inhaler le sang de la mère et à ce moment est contaminée ou alors pendant la coupure du cordon ombilicale il peut y avoir une transmission lors de la mauvaise manipulation par le personnel médical ou paramédicale. Pour la mode de transmission sexuelle, elle n’est pas très fréquente. En principe lorsque la transmission se fait par voie sexuelle, c’est lorsque le patient qui est porteur de l’hépatite B à un germe que l’on appelle virus sauvage, qui est excessivement contagieux et qui porte ce qu’on appelle AGHBE positif, qui est un type de virus de l’hépatite B. Ce virus très contagieux se multiplie en quantité importante dans le sang et dans toutes les secrétions du corps. Lorsqu’on est porteur de ce virus, on peut contaminer par toutes secrétions du corps, dont par la sueur, par la salive, par voie sexuelle.

Dites-nous quelles sont les modes de préventions ?

Dr Talla : Il faut tout d’abord dire que les modes de préventions découlent des modes de transmissions. Parlant des hépatites à transmissions orales, c\’est-à-dire A et E, il faut tout simplement éviter de consommer les aliments souillés et éviter de l’eau de mauvaise qualité. Cela fait parte des maladies qu’on appelle péri-fécales. Il est donc question de lutter contre l’insalubrité et assainir le milieu, s’approvisionner en eau potable. Pour ce qui concerne les hépatites C qui se transmettent par le sang ; déjà à l’hôpital il y a la sécurité transfusionnelle qui était un mode jadis de transmission de l’hépatite C, donc actuellement des efforts sont faits pour que tout sang qui doit être transfusé soit bien testé avant d’être transfusé. Voyez-vous les aiguilles, lames razoires et autres sont désormais à usage unique et tout matériel tranchant à usage multiple est bien stérilisé. Cependant, il n’existe pas encore de vaccin pour l’hépatite C mais pour l’hépatite B. Un vaccin qui est administré à toute personne qui est dépistée négative. Un test de dépistage est d’abord fait par le patient et s’il est négatif pour l’hépatite B, on peut le vacciner. Ce vaccin très efficace protège après trois doses sur au moins vingt ans. Pour la transmission par voie sexuelle, c’est une infection sexuellement transmissible comme le VIH/SIDA, donc il fut éviter les rapports sexuels non protégés. Et concernant la transmission mère-enfant car beaucoup sont infectés par leurs mamans, soit pendant l’accouchement, soit par allaitement maternel. Il faut dépister toutes femmes enceintes qui viennent en consultations prénatales de manière à avoir celles qui sont susceptibles de transmettre la maladie à leurs bébés. A la naissance on administre un sérum et un vaccin au nouveau né pour éviter que la maman ne puisse transmettre le virus à ce bébé parce que les risques d’évolution sont plus graves chez un nouveau né qui est infecté que chez un adulte infecté. Et pour ce qui est de l’hépatite virale D qui se développe chez ceux qui ont l’hépatite virale B, il faut faire toute la prévention de l’hépatite B.

Comment se fait la prise en charge des malades dans les hôpitaux ?

Dr Talla : Les patients qui nous sont adressés souvent après dépistages de ces hépatites virales B ou C, habituellement nous confirmons déjà l’infection. On refait le test parce que chez certains malades nous avons des tests qui s’avèrent parfois des faux positifs donc on s’assure que le malade est réellement infecté, souvent nous refaisons la charge virale pour s’assurer également que le virus est effectivement présent. D’autres tests plus approfondis sont faits pour évaluer le degré d’atteinte du foie. Le degré d’inflammation du foie parce que la prise en charge est souvent fonction du degré de lésions au niveau du foie. Si les lésions sont minimes ou alors si l’hépatite est inactive, ces patients n’auront pas besoin de traitement. Par contre si les évaluations approfondies démontrent que le foie est suffisamment endommagé ou alors que les lésions sont modérées et sévères, en ce moment là, c’est une hépatite active qui a besoin d’être traitée. On soumet donc ces patients là aux traitements car il ya des traitements qui existent pour leurs prise en charge.

Comment se fait le suivi des patients durant le traitement ?

Dr Dang : Le suivi des patients se fait de plusieurs manières tout cela dépend du type de malades. Nous avons deux types de traitements que l’on propose : soit un traitement par injection, soit par voie orale. Lorsque le traitement se fait par voie orale, il faut savoir que c’est un traitement à longue durée parfois des traitements à vie. Lorsque le traitement se fait par injection, c’est un traitement d’un an mais le traitement dépend du type de virus et des caractéristiques énumérées au préalable par le Docteur Talla. Tout ça est important pour la prise en charge du patient et c’est tous ces examens là qui concourent à dire : voila le malade à une hépatite B par exemple, il a besoin d’une injection ou d’un traitement oral. Lorsque le patient est mis sous traitement oral, cela nécessite un suivi. Le suivi au départ peut être après un mois, on vérifie que le traitement est efficace, soit le traitement oral ou injectable. Le médecin doit revoir le patient à moyenne un mois après le début de son traitement puis après le suivi est beaucoup plus espacé étant donné que c’est un traitement de très longue durée. Le suivi doit se faire de manière trimestrielle, en insistant évidemment que le patient revienne vous voir. De toute façon lorsque la prescription médicale est faite le patient est obligé de revenir puisque la prescription médicale ne peut excéder six mois. C\’est-à-dire la validité de l’ordonnance à la pharmacie de l’hôpital ne fait pas plus de six mois, il faut signaler quelque chose de très important qui est le fait que l’Etat du Cameroun a pris en charge une bonne partie de ce traitement de l’hépatite B. C’est un traitement qui a été subventionné à de 60% à 70% car il coute très cher. Ce traitement n’est disponible malheureusement que dans deux hôpitaux publics de Yaoundé et de Douala mais doit être également prescrit par un hépatogastro-entérologue. En ce qui concerne le traitement de l’hépatite C, il a été subventionné par l’Etat via le ministère de la santé publique et donc les molécules sont disponible tout comme son traitement.

Vos messages de conclusion.

Dr Dang et Talla : On peut guérir de l’hépatite, tout dépend du suivi et du traitement. Les malades dépistés positifs doivent se rendre dans les hôpitaux car le traitement est disponible. Ce n’est pas en pharmacopée qu’ils trouveront solution à leurs situations.

Entretien avec Elise Kenimbeni

 

 

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