\"Parlement\"

Voici en intégralité la lettre ouverte de cette ONG qui se définie comme une « Association pour le développement social Et la participation citoyenne en milieu urbain ».C’était à l’occasion de la session ordinaire du 10 mars 2016. Lire.

Douala, le 18 mars 2016

Objet : Lettre ouverte aux parlementaires du Cameroun à l’occasion de la session ordinaire du 10 mars 2016.

Honorables parlementaires.

Votre attention est requise, en ce moment où vous êtes réunis a l’occasion de la première session ordinaire de l’année 2016.

Le contexte, social de l’heure.

Depuis un peu plus de deux ans, le Cameroun vit dans sa partie septentrionale un carnage dont l’horreur et les conséquences sont indescriptibles ; les chiffres officielles indiquent plus de 100 000 déplacés internes, des dizaines de villages et des vastes étendues de champs agricoles dévastés, des milliers de bétails emportés, et surtout plus d’un millier de personnes tuées.

Cette situation de terreur s’est généralisée sur l’ensemble du territoire national, imposant un nouveau mode de vie et de comportement caractérisé par des fouilles systématiques de personnes et de biens, et par une intensification de la vidéo-surveillance des activités dans certains milieux à forte concentration humaine.

A côté de ce tableau chagrineur, plein de tourments et d’affliction, les populations Camerounaises subissent une persistante dégradation de l’offre publique de l’eau, de l’électricité et des soins de santé qui sont aujourd’hui des exigences de première nécessité pour la vie humaine.

Coupures d’électricité :

Un piège inacceptable à la vie socioéconomique

Plus on informe les populations sur le nombre de barrages hydroélectriques construits, et les investissements colossaux qui y sont consacrés, plus les coupures intempestives et prolongées d’électricité font partie du quotidien des citoyens.

Le président Paul Biya en a témoigné ; Le 31 décembre 2007.

« …notre économie continue de souffrir de la pénurie d’énergie… dans un pays qui dispose d’un potentiel hydroélectrique important, il est incompréhensible qu’on souffre d’une telle pénurie… je demande que la aussi, les engagements soient tenus et qu’en cas de carence, les conséquences soient tirées… »

Le directeur général d’ENEO, le 26 juin 2015

« Malgré ses ressources considérables en énergie primaire, notamment, hydroélectrique, solaire, biomasse, pétrolière et éolienne, le Cameroun reste assez mal nanti en énergie électrique »

A la lecture du constat du Directeur d’Eneo, survenant dix ans après la déclaration du Président de la République, nous pouvons affirmer que la situation n’est plus seulement incompréhensible, mais plutôt inacceptable.

Cette carence d’offre de service a atteint son comble avec l’interruption de l’énergie électrique sur l’ensemble du territoire national, le 31 décembre 2016, ramenant au gout du jour, le débat nécessaire sur la cession d’un service public aussi stratégique à un opérateur privé.

Pénurie d’eau potable :

Un autre défi quotidien pour les citoyens.

 La situation est encore plus alarmante concernant l’accès à l’eau potable. Ce sont des millions de personnes qui  se trouvent régulièrement privées d’eau potable pendant plusieurs jours, semaines ou mois, alors que nous savons bien que «l’eau c’est la vie». Ces millions de concitoyens sont pourtant considérés comme des privilégiées à côté de millions d’autres qui n’ont  jamais eu la moindre chance d’accéder à cette eau potable qui est un droit inaliénable pour tous..

Cinquante-six (56) ans après l’indépendance du pays, à peine 35% des personnes ont le privilège d’accès, par intermittence, à l’eau potable dans la capitale politique et administrative (Yaoundé), où les populations, ces dernières années, ont été ravitaillées par des camions citernes, comme les habitants d’un camp de réfugiés. Ce pourcentage est encore plus alarmant en zone rurale où des villages entiers ne sont pas encore connectés à la Camerounaise des eaux.

L’offre de santé publique :

Un système désastreux…

L’évidence de la déliquescence de notre système de santé, et du délabrement avancé de ses infrastructures surannées, a été démontrée à travers quatre événements induits, fortement médiatisés ces dernières semaines.

  • Décès d’un bébé a la Fondation Chantal Biya, suite à une transfusion sanguine d’une poche de sang contaminé[1],
  • Décès d’un jeune médecin à cause d’un ballotage entre trois grandes formations hospitalières de Douala qui pouvaient la sauver, mais dont les dirigeants[2] étaient davantage préoccupés par l’obtention des espèces sonnantes, que par le respect de leur serment d’Hippocrate.
  • Décès d’une jeune dame a l’Hôpital de Bonassama pendant une opération chirurgicale, parce que le Groupe électrogène autonome en pane n’a pas pu suppléer la coupure d’électricité provoquée par Eneo.
  • Décès d’une jeune dame porteuse de jumeaux, abandonnée à elle-même, après avoir été conduite par sa famille dans des hôpitaux qui se sont refusé à sa prise en charge.

Ces quatre cas que nous avons retenus, sont loin d’être singuliers ou isolés, tant ils sont fréquents dans le quotidien des hôpitaux publics de notre pays, pour la plupart en piteux état infrastructurel et technique. La corruption qui s’est érigée en mode principal de fonctionnement, complète ce triste tableau.

Honorables parlementaires.

C’est dans ce déroulé d’un tableau non exhaustif mais ô combien sombre et attristant, que quelques haute personnalités de nos institutions et thuriféraires du parti au pouvoir, ont tout de même cru opportun de se laisser entrainer dans une déferlante d’appels, à une nouvelle candidature du président du parti au pouvoir à la prochaine élection présidentielle, ou à une anticipation de l’élection présidentielle 2018.

Au nom de la solidarité nationale

Honorables parlementaires,

Les auteurs de ces appels ont sans doute de bonnes raisons de vouloir imposer le martyr d’une nouvelle candidature à celui qu’ils appellent leur champion. Mais nous croyons, pour notre part qu’au nom de la solidarité nationale, si la minorité qui a le privilège d’accéder à l’eau[3], à l’électricité[4] à la santé[5], bref, à la richesse du pays, si cette minorité-là, disons-nous n’as aucune considération pour la majorité qui croupit dans la misère[6], et le désespoir, elle a tout au moins l’obligation morale de modestie, et de silence respectueux devant la douloureuse souffrance des populations de la partie septentrionale du pays, qui vivent depuis quelques temps un désastre économique, sociale et humain digne de requérir pour l’heure toute l’attention de tout dirigeant de notre pays..

Nous tenons à attirer votre haute et bienveillante attention sur ce que nous considérons comme une volonté inique d’étranglement du processus démocratique, et de torpillage des quelques acquis si durement obtenu par les citoyens Camerounais. Il s’agit notamment des manœuvres de tripatouillage constitutionnel à des fins inavouées, dissimulées derrière les appels à une élection anticipée.

Nous attendons de vous Honorable parlementaires,

Que notre constitution respecte les principes d’intégrité électorale tel que définis ainsi qu’il suit « toute élection reposant sur les principes démocratiques de suffrage universel et d’égalité politique … et mener de façon professionnel, impartial et transparente dans sa préparation et dans sa gestion, tout au long du cycle électorale »

Le calendrier électorale ne s’aurait se confondre avec l’agenda personnel d’une des partie prenante au jeu électorale. Au regard de la CADEG (Charte Africaine de la Démocratie, des Elections et de la Gouvernance) ratifiée par le Cameroun depuis 2012, et de la Constitution de 1996 dont la plupart d’entre vous sont les dignes auteurs, voici le calendrier des prochaines échéances électorales au Cameroun.

Catégories mandat Dates/période Prochaines élections
L’élection du Président de la République Début ; 03/11/2011

Fin ; 03/11/2018

(entre le 20   Août et le 25 octobre 2018). Lire l’article 6 (3) de la Constitution de 1996 et l’art.116(3) du Code Electoral.
L’élection des députés Début ; 29/10/2013

Fin ; 29/10/2018

Date butoir le 19 Août 2018

Art, 148(3) du code Electoral.

L’élection des sénateurs Début ; 14/05/2013

Fin ; 14/05/2018

Date butoir le 4 avril 2018. Art, 216(2) du code Electoral.
L’élection des conseillers municipaux Le 15/10/2013 Date butoir le 26 septembre 2018. article 169.al(3) du Code Electoral.
L’élection des conseillers régionaux. ??????????????? ????????????????????????

Partant de ce que l’essentiel des tâches qui incombent à tout parlement d’un pays démocratique ou d’un Etat de droit, est de voter des lois qui améliorent les conditions de vie des populations, et de contrôler par la suite l’action du Gouvernement afin de s’assurer de l’effectivité du respect des textes votés, nous vous invitons à ne point céder à une nième falsification de la loi fondamentale, qui pourrait être une de trop, et que l’histoire ne vous pardonnera pas.

  Philippe Nanga

  Coordinateur Un Monde Avenir

 


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