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Francis Aimé Essoubou est un journaliste bien connu des auditeurs de la Radio Télévision du Cameroun, Crtv Parmis les postes qu\’il a occupé à la Crtv l\’on retient beaucoup plus celui de Chef de la chaîne urbaine urbaine Suellaba FM105. Mais ce journaliste adulé a décidé de quitter la Crtv et par ricochet le Cameroun pour s\’installer au Canada. Il a accepté de répondre aux questions de Yaoundeinfo.com pour nous parler de ses motivations. Interview exclusive. C\’est parti !

Francis Aimé Essebou toujours journaliste ou vous avez changé de profession ?
Je suis passé de l’autre côté de la barrière depuis plus d’une dizaine d’années, non sans continuer d’écrire. Mon changement de carrière s’est fait  progressivement. Je quitte  la CRTV en 1998 comme chef de chaîne de la FM 105 Suellaba de Douala pour le Canada. J’y ai travaillé avec la passion du jeune premier et l’ambition de marquer mon passage dans le service public de l’audiovisuel. Je pense qu’au final, les résultats ont été à la hauteur.
Le premier virage que je prends par rapport à la profession, c’est ma venue en Amérique du Nord. C’est un monde nouveau avec des challenges nouveaux. Il faut s’adapter, développer d’autres habiletés pour se faire une place. Fort de mon background, je me suis lancé dans le secteur privé avec la création d’une structure de communication, Ébène Média & Stratégie à Montréal, spécialisée dans l’édition, la régie publicitaire et évènementielle et le conseil en communication. J\’ai vite compris l\’importance d\’être ambitieux et le niveau de détermination et de courage pour obtenir ce que l\’on désire. Je deviens alors président de cette structure dont le navire amiral est le magazine gratuit Diaspora que je dirige pendant une dizaine d’années.
Vient ensuite mon installation à Edmonton en Alberta, à l’ouest du Canada en 2009, où j’officie peu après mon arrivée et pendant plusieurs années en développement économique, comme directeur des communications et de l’entrepreneuriat au Conseil de développement économique de l’Alberta, au terme d’un appel public à candidatures. Puis en 2016, un nouveau contrat m’amène à Iqaluit au Nunavut dans le Pôle Nord canadien, comme senior manager en développement économique.
Comme vous pouvez le constater, je me suis éloigné petit à petit de la profession pour embrasser d’autres domaines plus ou moins liés au journalisme, à l’instar des communications ou le développement économique. Pendant dix ans j’ai œuvré au sein de la francophonie économique canadienne, dans le démarrage et le développement des entreprises, les conseils, l’accompagnement et la formation des porteurs de projets ou d’idées d’affaires, la rétention des travailleurs qualifiés, l’employabilité, l’attractivité territoriale.
Jules Janin disait que ‘’le journalisme mène à tout, pourvu qu’on en sorte’’. Ce vieil adage s’applique bien à mon cas. Je suis arrivé dans ce métier par vocation. Peu importe ce qu’on décide de faire plus tard, pour moi on est journaliste à vie. J’ai quitté la pratique, mais je me définis, toujours comme un journaliste.
En quoi consiste le nouveau job de Francis ?
Désormais, je travaille pour le gouvernement du Nunavut, comme le responsable en charge de des Affaires publiques au sein du Bureau du commissaire aux langues, une institution indépendante relevant de l’assemblée législative. C’est en quelque sorte ce que vous appelez au Cameroun la Commission pour la promotion du bilinguisme et du multiculturalisme.
Mon rôle ici est de développer et d’accroître la présence et l’impact de notre institution auprès du public. J’assure l’orientation et la mise en œuvre de l’ensemble des activités de communication, tant internes qu’externes. Je dois également élaborer et mettre en œuvre les plans de communication. Je joue par ailleurs un rôle d’expert-conseil auprès de la commissaire aux langues, dans la matérialisation de notre rôle stratégique. Je suis ici une ressource stratégique dans tous les dossiers d’image et d’affaires publiques. Je gère en outre les relations publiques, médias et gouvernementales en mettant en œuvre des stratégies et des actions auprès de ces différents acteurs. Je suis aussi souvent appelé à représenter notre institution lors de différents évènements.
Pour mener à bien mon travail,  j’utilise mon know how et les astuces que m’ont procurés mes années de journalisme et l’expertise que j’y ai développée. Les atouts comme l’esprit de concision, la recherche, la rédaction et l’analyse représentent des forces majeures que je mets à profit dans mon nouveau job.

Pourquoi avoir quitté la Crtv ?
J\’avais la vingtaine lorsque je commence ma carrière professionnelle au sortir de l’ESSTI, la prestigieuse école de journalisme de Yaoundé. La CRTV est une structure où j’ai passé des années riches, trépidantes et gratifiantes. C’est là que j’ai eu mes premières lettres de noblesse en tant que professionnel des médias. Mon patron de l’époque, le Pr Gervais Mendo Ze m’a fait confiance et m’a beaucoup encouragé en m’envoyant me former en gestion des médias à l’INA en France et en me nommant à la tête de la 105 FM Suellaba peu de temps après mon retour en 1997. Pas parce je faisais des courbettes comme beaucoup à l’époque, mais grâce à mon engagement professionnel et à la qualité de mon travail. Tout ce qui m\’a été assigné, je l’ai fait de façon constante avec rigueur et professionnalisme. J\’ai eu le privilège de travailler à proximité de plusieurs personnalités du pays sans jamais me mouiller. J’ai connu une belle ascension. Je crois humblement avoir également répondu aux attentes : j\’ai excellé. Qui ne se souvient pas à Douala de mon émission Tête d’Affiche qui a obtenu la Cameroon Press Award de la meilleure émission en 1998? J’ai fait de la bonne radio.
Néanmoins, un écart croissant a commencé à se creuser entre le professionnel que j\’étais et certaines façons de faire. J\’avais atteint mon point de rupture. Il me fallait voir ailleurs, essayer autre chose. Mais rassurez-vous, je n\’ai pas quitté la CRTV par frustration ou parce que ma carrière plafonnait. C’est une combinaison de facteurs qui m’a poussée à délaisser cette maison que j’ai tant aimée. Ce sont à la fois des raisons professionnelles et personnelles qui ont influencé ma décision.
Francis est-il prêt à revenir officier à la Crtv ? Si oui à quelle condition ?
Non, je ne suis pas tenter par un come-back. Je capitalise aujourd’hui une inestimable expérience professionnelle qui m’a permis de me bâtir une crédibilité et une belle carrière au Canada. J’ai développé une expertise polyvalente de très haut niveau. À moins de partager un jour ces multiples expériences avec de plus jeunes.
Cela dit, pourquoi penser qu’il n’y a pas une vie après la CRTV? 20 ans déjà que je suis parti. C’est assez pour laisser la place à d’autres. Je me sens plutôt très bien là où je suis. J’ai d’autres motifs de fierté aujourd’hui. Pourquoi revenir à la case départ? Seule peut être l’adrénaline du terrain me manque. Mais je ne  regrette rien.
Un mot aux compatriotes et aux jeunes qui aimeraient choisir le journalisme comme métier.
Je dirais que le journalisme est un beau métier, un métier passionnant, mais un métier risqué. L’engagement de dire la vérité est la base de notre métier, mais c’est un engagement personnel. Le journaliste doit toujours douter et chercher l\’autre côté de la médaille. Il faut éviter de faire dans le sensationnalisme, toujours vérifier ses sources et faire le recoupement de son information avant sa diffusion. Il ne faut jamais perdre de vue que même ceux qu’on croit être nos amis peuvent nous utiliser ou nous manipuler.
L\’impartialité et l’intégrité doivent être les maîtres mots dans l’exercice de la profession. Je sais que la précarité dans laquelle beaucoup se trouvent peut donner lieu à de nombreuses dérives. Cependant, la crédibilité et la considération ne se décrètent pas dans ce métier, elles s’acquièrent sous le feu de l’action.
Quand on décide de s\’engager dans le journalisme, il faut avoir du cran et des épaules assez larges pour ne pas succomber aux menaces, aux intimidations, aux chantages et à la corruption. Les tentations sont nombreuses. Cette profession est un véritable sacerdoce. C\’est toujours assez malheureux de lire ou d’entendre des accusations de malhonnêteté dans ce milieu.

Entretien avec Ericien Pascal Nguiamba

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