Le présent article fait suite au Concours de Dissertation-GPAL 2019, remporté par l’élève Tankeu Kellian du lycée bilingue de Nyalla à Douala. Le sujet était tiré de La geste de Bréké de Macaire Etty. L’œuvre du poète ivoirien avait été primée dans la catégorie Belles-Lettres de l’édition 2017 des Grands Prix des Associations Littéraires. L’auteur de ce texte, Guy-Roger Minja, est connu pour avoir été le premier lauréat du Concours de Dissertation-GPAL 2018, qui lui portait sur le roman écologique d’Eric Mendi, Afane : Forêt équatoriale.

La geste de Bréké de Macaire Etty est une œuvre poétique africaine plus précisément ivoirienne qui retrace l’épopée assez incroyable et insolite autour d’un tam-tam sacré séculaire, socle des valeurs culturelles et traditionnelles du village de Bréké. La geste de Bréké dans son universalité est un symbole marquant qui se présente aux lecteurs sous trois aspects fondamentaux.

D’emblée, cette fantastique épopée est une révélation de l’unité, de la détermination, de l’équanimité que les peuples africains doivent posséder pour défendre et préserver l’intégrité socioculturelle et traditionnelle de nos valeurs ancestrales. Il s’agit là d’un appel des consciences de nos chefs traditionnels africains qui sont de plus en plus nombreux à trahir et  à brader l’héritage culturel et traditionnel ancestral à des fins pécuniaires et d’enrichissement. En effet, le caractère impassible, la forte personnalité du Nanah Ritchê et le sacrifice du valeureux Akonda présentés dans les Soupirs 4 et 7 sont des moments marquants que La geste de Bréké souligne pour amener les peuples de l’Afrique à prendre exemple et à éconduire toute cupidité qui germe dans nos cœurs. Macaire Etty par la voix du Nanah de Bréké fait d’ailleurs entendre à ce propos qu’ : « il est déjà passé de vie à trépas celui qui troque son âme pour de l’or. »

Par ailleurs, La geste de Bréké est un reflet des valeurs de paix et d’union dont ont toujours fait preuve les peuples africains. En effet, considéré comme « l’instrument-fabricant-d’émotions », le tam-tam séculaire de Bréké joue un rôle fondamental dans le maintien de la paix. Cet extrait du premier Soupir de l’épopée nous renseigne mieux sur la fonction mythique de celui-ci : « En temps d’oseille ou de miel, il suffit que ce tam-tam profère des paroles pour que les Bréképwénin retrouvent leur union et leur inspiration. » Bien plus, le soupir 4 nous présente la paix comme étant : « une plante qui ne pousse que sur l’humus des valeurs artistiques et culturelles. » Cette geste est donc ici le symbole à la fois des valeurs culturelles garantes de l’intégrité des traditions en l’occurrence celle des Kpan, et instaurateur avéré de paix, de communion et d’union entre les peuples.

Comment faire allusion à la poésie écrite et chantée sans souligner l’aspect même qui la fait vivre ? En effet, la beauté scripturale telle que présentée dans La geste de Bréké traduit un parfait maniement d’outils linguistiques de la part de l’écrivain. Cette beauté alliée à la délicatesse de l’expression, à la juxtaposition des figures de style traduisent le caractère conventionnel de la production poétique tout en se mêlant aux marques de la poésie moderne par sa liberté dans l’écriture. Les vers tels que : « l’arme de l’art veut mettre en larmes l’art des armes », les personnifications telles que : « les collines remuèrent jusqu’au bas-fonds, les montagnes baissèrent la tête » ou encore les qualificatifs tels que « barbiturique », « ébèneuse » témoignent de la richesse et de l’originalité scripturale, morphosyntaxique, poétique et même épique de La geste de Bréké.

Guy-Roger Minja, lauréat du Concours de Dissertation-GPAL 2018(Correspondance particulière)

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