Après trois jours de violences la semaine dernière, suite à l’assassinat d’un jeune homme par un policier, la ville de Kayes (Mali) a retrouvé son calme. Mais il a fallu de nombreux conciliabules des autorités locales, parmi lesquelles des députés emmenés par Aliou Boubacar Diallo.

Kayes revient de loin. La plus grande ville de l’ouest du Mali a été le théâtre de violences le lundi 11 mai dernier. Tôt ce jour-là, alors que le couvre-feu en vigueur pendant un mois et demi s’est terminé deux jours plus tôt, un policier interpelle trois jeunes à moto. Le ton monte rapidement et l’officier, qui n’est pas en service, abat de son arme Seyba Tamboura, 18 ans. Très remontée contre cette barbarie, la population se révolte. La répression qui s’ensuit cause la mort de deux autres jeunes : Traoré, Kané.

Les manifestations reprennent le mercredi 13 mai à la suite de l’enterrement des trois victimes au cimentière de Kayes-Ndi, alors qu’une mission gouvernementale s’était rendue dans la ville pour apaiser la situation. Plusieurs individus réussissent à incendier la préfecture de police de Kayes.

Les députés réunissent les figures d’autorité de la ville

Le directeur régional de la police, Seydou Diallo, a eu beau dénoncer « un incident regrettable » et demander pardon aux populations, assurant que le policier était « entre les mains de la justice pour subir les rigueurs de la loi », cela n’a pas suffi à apaiser la colère. Il a fallu l’intervention des députés de la région, conduits par Aliou Diallo. Ces élus ont initié une médiation au domicile des familles éplorées Tamboura, Traoré et Kané, en présence du doyen Hamet Niang, des chefs de quartier et des leaders religieux.

« J’en ai le cœur brisé. Comme chaque Kayesiens, j’en veux énormément au criminel qui a lâchement abattu Seyba. Toute cette situation, tous ces dégâts dans la ville sont de sa faute », s’est indigné Aliou Boubacar Diallo, tout en regrettant au passage que l’incendie de la préfecture de police ait emporté les archives de la période coloniale et des débuts de l’indépendance nationale.

« C’était une Cocotte-Minute en ébullition »

Grâce à l’intervention des députés de Kayes, le calme est revenu dans la ville. Ce retour à la normalité s’est matérialisé par des travaux symboliques de nettoyage des voies publiques.

Notons que l’assassinat du jeune Tamboura n’est que la cause immédiate du conflit dans la cité des rails. Le feu couvait déjà sous les braises depuis quelque temps.

« Ici, les jeunes vivent de l’informel, les activités se passent le soir. Mais avec le couvre-feu, les écoles fermées à cause du virus et l’argent de la diaspora qui ne vient plus, il y a beaucoup de frustrations accumulées. C’était une Cocotte-Minute en ébullition. Aujourd’hui elle a explosé. Demain, ça pourrait arriver dans n’importe quelle autre ville du Mali. », analyse Marie Rodet, historienne spécialiste du Mali à la School of Oriental and African Studies de Londres.

Par ailleurs, la population kayésienne avait contesté les résultats définitifs des dernières élections législatives, qui ont donné dix députés de plus au RPM (parti au pouvoir) par rapport aux résultats provisoires.

 

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