Une campagne médiatique de sensibilisation des hommes et femmes des médias vient d’être lancée dans la capitale Yaoundé par le Réseau des journalistes pour l’application  du Protocole de Maputo(JNMAP) avec la société des gynécologues obstétriciens du Cameroun(SOGOC). Comment l’application du Protocole de Maputo peut-il réduire les avortements non sécurisés ? Pourquoi les avortements non sécurisés sont-ils préoccupants ? Que dit l’article 14 sur le droit à la santé et au contrôle des fonctions de reproduction ? Comment les gouvernements peuvent-ils élargir l’accès à l’avortement sécurisé ? Le Protocole de Maputo autorise-t-il l’avortement ? Autant de sujets qui ont été abordés au cours du lancement de cette campagne à Yaoundé par la journaliste Adrienne Engono, la présidente du Réseau JNMAP et ses confrères. Détails.

Le 28 mai 2009, le Cameroun signait le Protocole de Maputo. Ce Protocole à la Charte africaine des droits de l’homme et des peuples relatif  aux droits des femmes en  Afrique (généralement désigné « Protocole de Maputo ») a été adopté en 2003 par l’Union Africaine afin de promouvoir  l’égalité des droits pour les filles et les femmes. Outre ses dispositions relatives à l’émancipation économique et politique des femmes  ainsi qu’à leur santé  et leur bien-être, le Protocole de Maputo est le premier traité panafricain à reconnaitre  expressément  l’avortement comme un droit humain dans des circonstances spécifiques : agression sexuelle, viol, inceste, anomalies fœtales mettant en danger la vie de fœtus, poursuite de la grossesse mettant en danger la santé mentale et physique de la femme ou sa vie. Il était donc question au cours du lancement de la campagne médiatique sur ce Protocole le 29 juin 2021 à Yaoundé par le Réseau des journalistes pour l’application  du Protocole de Maputo(JNMAP) avec la société des gynécologues obstétriciens du Cameroun(SOGOC), d’édifier et de sensibiliser les professionnels des médias camerounais sur ce Protocole. «L’objectif principal de cette campagne médiatique est de sensibiliser les journalistes sur le Protocole de Maputo dans son article 14, et puis la loi camerounaise qui autorise l’avortement dans  certains cas, les cas de viol et les cas de santé, du danger de la santé de la femme ; il est question d’amener les confrères journalistes à parler de cette question-là, et aussi de pouvoir convaincre les décideurs, ceux qui font les lois à s’intéresser à la question » explique la présidente de JNMAP.

Adrienne Engono, face à la presse le 29 juin 2021 à Yaoundé.

Même si la loi existe « il faut lever les barrières, qui pèsent sur l’application de ce protocole » poursuit Adrienne Engono. Par exemple, lorsqu’une jeune fille est victime de viol, il y a le temps mis, un certain nombre de procédures avant d’aboutir à l’avortement. Ces procédures trainent et peuvent avoir pour conséquence le développement de la grossesse voir le décès de la jeune fille victime de viol.

Dans son article 14, sur le droit à la santé et au contrôle des fonctions de reproduction, il est indiqué que les Etats prennent toutes les mesures appropriées pour : protéger les droits reproductifs des femmes, particulièrement en autorisant l’avortement médicalisé en cas d’agression sexuelle, de viol, d’inceste et lorsque  la grossesse met en danger la santé mentale et physique  de la mère ou la vie de la mère ou du fœtus. Aujourd’hui les avortements non sécurisés son très préoccupants. Au niveau mondial par exemple, les avortements dangereux représentent environ 1 décès sur 7 liés à la grossesse et à l’accouchement. Ce problème est aigu en Afrique, qui enregistre le plus grand nombre de décès maternels, bien plus que dans toute autre région du monde. Chaque année, au moins 6 millions de femmes en Afrique interrompent leurs grossesses dans des conditions dangereuses. Si les femmes ont accès à l’avortement légal, la sécurité de la procédure s’améliore et le nombre de décès maternels baisse. Plus de 9 femmes africaines sur 10 en âge de procréer vivent dans des pays dont la législation en matière d’avortement  est restrictive. Seulement 1 avortement sur 4 en Afrique est pratiqué dans de  bonnes conditions de sécurité  c’est-à-dire  par un prestataire  médical qualifié  dans un environnement  qui satisfait aux normes médicales minimales. Selon le Protocole de Maputo, imposer des restrictions  sur l’avortement  n’empêche pas le recours à cette pratique mais augmente  la probabilité que les femmes utilisent  des méthodes  dangereuses, qui mettent potentiellement en danger  leur vie. Toujours selon le Protocole de Maputo, dans le cas où l’avortement est autorisé par la loi, il n’est pas nécessairement pratiqué plus fréquemment, mais il est effectué dans des conditions bien plus sûres.

Ericien Pascal Nguiamba

 

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